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mercredi 12 mars 2008

L'indécision (8)


Choix numéro deux



Je regarde la salle de bain. D'un côté j'aurais bien aimé le faire ici, dans la pièce où mon père s'est donné la mort, mais d'un autre côté ma salle de bain à moi contient également les chiottes. C'est déjà moins glamour, même pour un suicide.
Je retourne de nouveau au salon et m'assieds sur le seul fauteuil, mon revolver à la main. Ma pièce de collection devrais-je dire. Un Ruger GP100 à canon léger de 10,2 cm stainless finition bronzée calibre 357 Magnum capacité de six coups entre 900 et 1000 grammes, tout de même c'est pas rien. Mes économies pour la nouvelle playstation y sont passées mais je regrette vraiment pas l'achat. Je l'ai nettoyé de fond en comble toute la soirée d'hier, il est comme neuf à présent. Je me lève spontanément et pose mon nouvel objet de déco sur l'étagère, entre une coupe de tennis de table et un vase ancien. Je me recule. Ça le fait je trouve.


Life is a one-way street, ain't it ?
If you could paint it
I'd draw myself going in the right direction



dimanche 9 mars 2008

L'indécision (7)


Choix numéro deux



Je passe au salon mais envisage l'idée qu'une fraction de seconde vu quon vient de le refaire entièrement avec ma mère le mois dernier. La tapisserie sur les murs, la peinture au plafond, le lino, toute la pièce revit enfin. Si je fais ça ici ma mère va me détester, et j'ai pas envie qu'elle me déteste moi. Même mort, je veux être aimé. Ça me fait penser que je devrais mettre mes poèmes bien à l'évidence sur mon lit, on sait jamais.
En entrant dans la salle de bain je me regarde aussitôt dans le miroir de la pharmacie. Sans pour autant paraître prétentieux je me suis toujours trouvé pas mal. Des cheveux d'un noir intense, de magnifiques yeux verts, un sourire ravageur, bref une gueule d'ange me surnomme-t-on souvent. J'avoue que ça me fait mal au coeur d'abîmer ce si joli visage. J'aurais aimé être un minimum présentable une fois passé de l'autre côté. Et je sais pas qui va retrouver mon corps, peut-être que ce sera la voisine torride d'en face, alors il vaut mieux prévoir et rester désirable. Comme dans les films : même mort, rester sexy.



vendredi 7 mars 2008

L'indécision (6)


Choix numéro deux



Je regarde autour de moi pour trouver l'endroit parfait où je pourrai finir ma vie et enfin passer à autre chose. En m'approchant de la fenêtre je me dis que je ferai un très bon fantôme, j'ai toujours été transparent. Non, pas là, j'ai fait les carreaux il y a pas longtemps. Et la dernière image est importante, j'ai pas envie de crever en voyant le chien du voisin pisser encore sur ma caisse.
Je me dirige vers la chambre mais m'arrête sur le seuil. Rien que de m'imaginer le crâne explosé dans ma chambre me donne des frissons. C'est là où j'ai passé la moitié de mon temps. La plupart de mes bons souvenirs proviennent de cette pièce.
Premier émoi,
premier baiser,
première fois,
premier LSD.
J'ai toujours su que j'aurais pu devenir poète si j'étais pas passé si rapidement aux drogues dures.



mardi 4 mars 2008

L'indécision (5)


Choix numéro deux



Je regarde le flingue. Un Ruger GP100 à canon léger de 10,2 cm, stainless, finition bronzée, calibre 357 Magnum, capacité de six coups, entre 900 et 1000 grammes. Magnifique pièce. Et de très bonne qualité.
Je m'empare du mode d'emploi pour être sûr d'avoir rien oublié. Je parcours en diagonale chacune des pages que j'ai lues et relues pendant deux semaines. Je pourrais pratiquement le réciter par coeur. J'ouvre le barillet et observe les trois cartouches patiemment disposées une chambre sur deux. Je le fais tourner plusieurs fois avant de le refermer et pose le revolver sur ma tempe. J'imite sans bruit et au ralenti ma mort. Je suppose que si quelqu'un entrait j'aurais l'air salement ridicule. Mais bon, pour pas qu'il aille le répéter à tout le monde je le descendrais avant de me tirer une balle. Je ris à gorge déployée du grotesque de la scène.